Chronique d’un départ annoncé
septembre 20, 2008
La semaine qui s’annonce devrait mettre un terme à plusieurs mois de tensions et d’affrontements souvent violents au sein de l’ANC, et clarifier ainsi le jeu au sein de la sphère politique sud-africaine. Elle s’inscrit cependant dans un long processus où se sont révélées les ambiguïtés de certaines des élites politiques.
Vendredi 12 septembre, après plusieurs jours de manifestations de milliers de militants et sympathisants ANC, la Haute Cour de Pietermaritzburg a, par la voix du juge Chris Nicholson, conclu à l’illégalité de la procédure visant Jacob Zuma dans le cadre d’un affaire de corruption (voir la vidéo ci-dessous : Jacob Zuma, à la sortie du tribunal de Pietermaritzburg).
S’il n’a pas valeur d’acquittement et ne se prononce pas sur la culpabilité de Zuma, le jugement de Nicholson a néanmoins déclenché une véritable onde de choc au sein de l’espace politique sud-africain. Le magistrat a en effet donné raison au leader de l’ANC (et candidat naturel de ce parti à l’élection présidentielle du printemps prochain) en affirmant que les “problèmes” judiciaires de ce dernier résultaient avant tout d’une persécution politique planifiée par les alliés de Thabo Mbeki, l’actuel président de la République sud-africaine. S’aventurant plus encore sur le terrain politique, Nicholson a même qualifié d’”injuste” la décision de Mebki de se séparer de Zuma en 2005, lorsque ce dernier était vice-président du pays.
Il n’en fallait pas plus pour que les membres du comité exécutif de l’ANC, renouvelé à l’issue du congrès de Polokwane (décembre 2007) et de la victoire des partisans de Zuma sur ceux de Mbeki, s’en prennent directement au Président de la République et lui demande de quitter ses fonctions au plus vite. Le ton est même monté d’un cran en début de semaine lorsque la National Prosecuting Authority a décidé de faire appel du jugement de Pietermaritzburg, rappelant ainsi Zuma à sa fragile condition judiciaire. En réaction, les dirigeants nationaux de la confédération syndicale COSATU, principal soutien de Zuma, ont menacé de répondre par une grève nationale à cette “déclaration de guerre au peuple” (pour reprendre les termes de Zet Luzipho, reponsable COSATU de la Province du KwaZulu Natal).
Depuis lundi, les principales instances dirigeants de l’ANC ne font plus mystère de leur volonté de mettre prématurément un terme au mandat présidentiel de Thabo Mebki. Reste cependant à définir les modalités de cette entreprise. L’idée de recourir à un vote de défiance (nécessitant une majorité simple au Parlement) ou à la procédure d’empeachment (qui implique une majorité des 2/3) a finalement été écartée. La direction de l’ANC ne souhaite pas, en effet, que se tienne une élection présidentielle anticipée alors même que le sort de Jacob Zuma demeure entre les mains de la justice. L’enjeu est également d’éviter une solution trop violente, qui déstabiliserait l’économie sud-africaine et ouvrirait une crise institutionnelle si certains ministres pro-Mbeki décidaient de démissionner en bloc. L’option retenue et rendue publique ce samedi par Gwede Mantashe, secrétaire général de l’ANC, consisterait à obtenir de Mbeki qu’il démissionne de sa propre initiative. Un allié de Zuma, vraisemblablement Baleka Mbete, actuel speaker ANC au Parlement, assurerait alors l’intérim présidentiel (Edit : c’est finalement le vice-président de l’ANC, Kgalema Motlanthe, qui, le lundi 22 septembre, a été désigné par la direction du parti pour assurer cet intérim). Mbeki, auréolé de son récent succès diplomatique au Zimbabwe, devrait annoncer dans les prochaines heures qu’il accepte de se retirer avant la fin de l’année 2008.
Mais quelle qu’en soit l’issue, cette crise aura de nouveau souligné le mélange des genres que pratiquent ceux qui, l’an prochain, devraient gouverner l’Afrique du Sud. S’il a pris soin de rappeler que son parti ne menacerait jamais l’état de droit, Jacob Zuma n’en est pas moins entouré de groupes ayant fait le choix des démonstrations de force et des menaces à peine voilées contre ceux qu’ils identifient comme leurs “ennemis” (le terme est en effet dans l’air du temps des discours politiques) : les partisans de Mbeki, les juges “contre-révolutionnaires” ou encore le caricaturiste Zapiro (dont un récent dessin – voir ci-dessous – pointait tant les menaces que les alliés de Zuma feraient peser sur le système judiciaire que le procès pour viol dont le président de l’ANC est sorti innocenté il y a quelques mois).

