L’Afrique du Sud mouvementée
octobre 7, 2008
Tribune publiée dans Libération, le lundi 6 octobre.
En dépit des apparences, la démission de Thabo Mbeki à la demande de la direction de son propre parti, l’African national congress (ANC), n’a pas exorcisé une crise de régime. Loin de sanctionner un homme dont on aurait subitement compris qu’il menaçait la fonction présidentielle, la décision de l’ANC s’inscrit dans la logique des rapports de forces qui travaillent ce parti depuis de longs mois. En effet, et quoi qu’en dise le discours officiel, le coup de force de la direction de l’ANC n’est pas venu signifier une perte de confiance en un président soupçonné d’avoir instrumentalisé la justice. Si tel avait été le cas, la représentation nationale aurait pu remédier à cette situation par le biais d’un vote de défiance ou d’impeachment. Ce n’est donc pas tant le président de la République qui était visé qu’un chef de faction défait, à qui cette ultime punition est venue rappeler la disparition de son autorité. Plus généralement, cet épisode saisit assez finement certaines règles de l’espace politique de l’Afrique du Sud post-apartheid.