Presque figé autour de la domination électorale de l’ANC depuis 1994, le jeu politique sud-africain pourrait bien  se reconfigurer dans les prochains mois, sous l’effet de la vague de défections qui touche actuellement le parti présidé par Jacob Zuma. Les démissions de responsables nationaux et locaux ou les dissidences de plusieurs sections sont en effet le dernier acte de la prise totale de l’ANC par les partisans de Zuma ; un dernier acte ouvert par le départ forcé du Président Thabo Mbeki, en septembre.

N’ayant a priori plus de marge de manoeuvre dans un ANC totalement sous la coupe des partisans de Zuma, les anciens supporters de Thabo Mbeki n’avaient en effet d’autre choix que la dissidence. Et cette dernière est en train de prendre la forme d’un nouveau parti : Congress of the People (COP).

Si elle doit être officiellement enregistrée dans le courant du mois de novembre, cette nouvelle structure, portée par Mosiuoa Lekota (ancien ministre de la Défense) et Mbhazima Shilowa, (ex-gouverneur de la Province du Gauteng), a déjà conduit au rassemblement de plusieurs milliers de personnes la semaine dernière et tiendra sa première convention en décembre. Il est évidemment difficile d’évaluer la viabilité électorale de cette entreprise, mais ses instigateurs et les principaux observateurs de l’espace politique sud-africain lui prédisent déjà un score supérieur à 10 % lors des prochaines élections générales, au printemps 2008. 

Mesiuoa Lekota

Mesiuoa Lekota

Mais là n’est peut-être pas le plus important. De tels résultats ne réduiront en effet qu’à la marge la supériorité d’un ANC habitué à rassembler entre 60 et 70 % des suffrages exprimés. Il pourrait, en revanche, en aller différemment des règles de fonctionnement de l’espace politique. En dépit du discours officiel, celles-ci restent très souvent dominées par un biais « racial » et organisent principalement l’affrontement d’un ANC plus que majoritairement noir et d’une Democratic Alliance essentiellement blanche (des responsables de l’ANC ont ainsi souvent eu tendance, par le passé, à disqualifier les critiques de leurs homologues de la Democratic Alliance en les présentant comme “racistes”). L’arrivée d’un parti issu du premier devrait, par conséquent, achever la « déracialisation » de l’Afrique du Sud politique, en garantissant qu’à l’avenir les écarts entre organisations partisanes seront avant tout idéologiques ou, à tout le moins, officiellement perçus comme tels. C’est d’ailleurs ce que confortent les récents propos de Lekota, le probable président de cette nouvelle organisation. Cherchant à en affirmer l’identité politique et à envoyer des signaux en direction de la bourgeoisie et du monde des affaires, l’ancien chairman de l’ANC a, ces derniers jours, réaffirmé à plusieurs reprises sa croyance en l’économie de marché, se distinguant ainsi du discours désormais plus “à gauche” de son ancien parti.

La compétition politique sud-africaine pourrait, dès lors, adopter définitivement les codes de ses homologues occidentales, et notamment cette polarisation gauche/droite qui caractérise la plupart des systèmes politiques européens. Elle se mettrait ainsi au diapason d’une société où la stratification sociale a, en grande partie, remplacé la ségrégation raciale.

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